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Archive for the ‘CHRONIQUES RADIO’ Category

GAZA: TROIS BREFS ENSEIGNEMENTS

In CHRONIQUES RADIO, Uncategorized on août 19, 2014 at 12:51

Pendant que se déroulent au Caire ce qu’il est convenu d’appeler des négociations entre le Hamas et le si bien nommé Djihad islamique, d’un côté, et l’Etat d’Israël, de l’autre, sous monitorat égyptien, il peut être utile de faire un point très bref de la situation après 35 jours de durs affrontements.

En premier lieu, et à n’en pas douter, ceux qui veulent poursuivre contre Israël la « guerre à visage juridique » ne vont pas désarmer. Il s’agit pour eux de convaincre les opinions que l’Etat d’Israël s’est rendu coupable de crimes de guerre et que ses responsables doivent être jugés à ce titre. La disqualification morale suivrait ainsi la condamnation juridique et l’Etat d’Israël serait relégué au rang des Etats racistes et hors-la-loi. Seulement, dans la conjoncture actuelle, il n’est pas sûr que cette sorte de guerre puisse être menée à sens unique. D’une part, il est plus que flagrant que l’instance de l’ONU qui a commandité une telle enquête est partiale et même plus: tribale, compte tenu de son mode de composition. Ce qui lui ôte toute prétention juridictionnelle et au contraire l’afflige du pire des parti-pris. Par ailleurs l’enseignant juriste canadien pressenti pour la diligenter est réputé pour ses propos à l’emporte-pièce contre Benjamin Netanyahou, ce qui, là encore, malgré ses serments tardifs d’impartialité, le disqualifie pour cette mission bien peu honorable dans les conditions où elle est engagée.

Autre point essentiel, après des moins d’atermoiements et de tergiversations, la communauté internationale a enfin décidé de réagir contre les suppôts de l’Etat islamique au Moyen Orient. Les Etats-Unis ont procédé à des premières frappes contre ses éléments armés tandis que d’autres pays concourent au soutien logistique des forces anti-djihadistes, des forces qualifiées de « monstres » par Nasrallah en personne dont il faut avouer qu’il s’y connaît. Et même la diplomatie du Vatican pousse à présent pour la mise hors d’état de nuire de ce califat qui semble sorti tout droit de « Jurassic Park ». Affaire à suivre.

 Enfin, il semble cette fois, vis à vis de la société israélienne, qu’une page se tourne, celle politique et idéologique de l’après-première guerre du Liban avec ses clivages et ses dissensions, avec son pacifisme à sens unique. De nouvelles générations sont apparues à l’occasion de cette épreuve. Non seulement elles forment le noyau dur de la société israélienne mais elles constituent désormais son immense majorité. On en verra les suites aux prochaines consultations électorales pour lesquelles bien des membres du gouvernement Netanyahou semblent déjà prendre leur marque.

                             Raphaël Draï, Radio J, 18 août 2014.

GAZA ET LA « GUERRE DES ENFANTS »: POSTURES ET IMPOSTURES

In CHRONIQUES RADIO on août 11, 2014 at 1:10

Chacun a entendu au moins une fois l’adage de Clausewitz, l’un des plus célèbres théoriciens des conflits armés: la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. Autrement dit, la guerre n’est pas une fin en soi. Elle est destinée en dernière instance à marquer la supériorité physique et morale d’une volonté sur une autre lorsqu’ont échoué les compromis diplomatiques. Pour le Hamas, le Djihad islamique et leurs soutiens dans les opinions publiques il en va différemment: la guerre actuelle est une fin en soi. Elle vise à la destruction définitive de l’Etat d’Israël. C’est pourquoi elle prend toutes les formes: militaire, terroriste, «juridique» et même «éthique». Car l’on s’étonnera que la première démarche de Mahmoud Abbas, une fois établie une trêve moins précaire que les autres, ait été de dépêcher à la Haye un émissaire chargé d’examiner par quels moyens l’Etat d’Israël pourrait être poursuivi pour «crimes de guerre» devant la Cour Pénale Internationale. Et l’on voudrait que ce chef sans autorité ni pouvoir véritables, néanmoins partenaire officiel du Hamas dans leur dernier accord de gouvernement, et donc son complice, fût considéré comme un réel partenaire pour une paix future?

Si la guerre juridique ainsi engagée est loin de pouvoir être poursuivie à sens unique, que dire de la «guerre éthique», alimentée par ces flux d’images une fois de plus à sens unique? Ici le pitoyable le dispute à l’odieux. Car ces mises en scène à base d’infanticide en disent moins sur la réalité des choses que sur l’état d’esprit morbide des scénographes. N’importe quel praticien du psychodrame saurait reconnaître dans ces images sanguinolentes d’enfançons, dans ces militants déguisés en bambins enveloppées dans des suaires aux couleurs de la Palestine, non pas le réel du terrain mais le désir secret des marionnettistes. Car il ne suffit pas d’incriminer ceux des combattants du Hamas qui se servent en effet d’enfants vivants comme de «boucliers humains», pour reprendre cette affreuse expression. Il faut également incriminer ceux qui se servent dans les rues de Paris, de Londres ou de Madrid, de ces mêmes enfants comme boucliers médiatiques.

Contre de pareilles perversités, il faut savoir faire preuve d’endurance et d’un peu de sens de l’Histoire. Il n’y pas si longtemps, à l’époque de Staline, qui est loin d’être mentalement révolue, des militants décervelés, moralement clivés, se gargarisaient du thème de la paix mais sans une seule pensée pour les suppliciés de l’archipel du Goulag. Quiconque ne partageait pas leur vision du monde était voué à la mort physique ou à l’excommunication intellectuelle. Et pourtant, il s’est trouvé des hommes et des femmes de courage pour tenir bon, pour s’en tenir à la vérité et à la réalité, jusqu’au moment où le système soviétique miné par ses contradictions multiples s’est auto-détruit.

La même attitude s’impose face au djihadisme qui a pris le relais de cette pathologie, en Irak, en Libye ou à Gaza. Victor Hugo le répète dans les Misérables: ce n’est pas une raison de se taire parce qu’on n’est pas entendu. Les paroles de vérité sont inlassables puis le temps vient où les lâchetés finissent par avoir honte d’elles mêmes, où les esprits de bon sens reconnaissent qu’ils ont joué avec le feu.

Tandis que le Quai d’Orsay ne cesse de mettre des obstacles à la politique d’auto-défense d’Israël, il se mobilise à présent comme un seul homme face à la même menace mais dirigée cette fois contre le Liban. Et même Obama fait enfin bombarder des positions de l’Etat islamique dans la zone kurde de l’Irak en voie de dislocation.

On en verra vite les suites effectives.

Raphaël Draï, Radio J, le 11 août 2014

QUAND GAZA CACHE BENGHAZI …

In CHRONIQUES RADIO, SUJETS D'ACTUALITE on août 4, 2014 at 12:44

On peut légitimement se demander pourquoi le Hamas et le Djihad islamique s’obstinent à poursuivre les combats à Gaza malgré les pertes qu’ils y subissent et la défaite cuisante qui s’annonce pour leurs chefs.

C’est qu’il ne faut pas perdre de vue qu’en réalité deux guerres étroitement coordonnées se déroulent en ce moment au Proche et au Moyen-Orient mais aussi en Afrique et dans d’autres régions du monde. La première fait l’objet d’une fixation émotionnelle, médiatique et diplomatique planétaire. Il s’agit de la guerre qui oppose en effet à Gaza, l’Etat d’Israël d’une part, le Hamas et le Djihad islamique d’autre part. Pour protester contre cette guerre-là de nombreuses manifestations anti-israéliennes sont organisées un peu partout, amalgamant comme en France, des salafistes, des CGTistes, des communistes, des écologistes, et on en passe, bref tous ceux que le grand écrivain britannique George Orwell appelait dans les années 30, pour caractériser ce pudding idéologique, les « fascisfistes », faisant défiler cette fois côte à côte, sans un battement de cils, pacifistes scandalisés et fanatiques d’un islamisme exterminateur.

Pendant que le monde, comme on dit, a les yeux tournés vers Gaza, les maîtres de l’Etat pirate, nommé Etat Islamique qui a pris pied en Irak poursuit, lui, son expansion inexorable en profitant de cette diversion. De cette emprise de piraterie internationale, aucune chancellerie, ni la Maison Blanche, ni l’Union Européenne, ni nos « fascifistes » gaulois, belges, espagnols ou londoniens ne se préoccupent.

Et pourtant: après s’être emparées d’un grand lambeau de l’Irak et d’une partie de la Syrie, avec le Liban en ligne de mire, et donc le nord d’Israël, les troupes du nouveau Calife viennent de capturer la ville libyenne de Benghazi, à brève distance de Tunis. C’est sous le commandement de la même nébuleuse que les unités de Boko Haram investissent, là encore méthodiquement, des parties entières de l’Afrique où, seule, l’armée française fait le coup de poing. Certains observateurs ne croient pas devoir s’en alarmer outre-mesure, envisageant cyniquement une tripartition de l’Irak entre sunnites, chiites et kurdes. Ce ne pourrait être qu’une vue fallacieuse. Dimanche, le plus grand barrage hydraulique d’Irak est tombé dans les mains de l’armée du Calife qui vise à présent la prise de Bagdad et donc non un tiers de l’Irak mais l’Irak entier car confrontés à ses éléments armés les kurdes n’ont pas résisté longtemps. Face à une menace d’une telle envergure rien ne se passe: aucun défilé, aucune réunion des Ministres des affaires étrangères de l’Union Européenne, aucune réunion du Conseil de sécurité, la présidence Obama s’étant engluée dans les négociations sans résultats tangibles avec l’Iran. D’où ce gigantesque absentéisme diplomatique et militaire…

Dans la guerre de feu et d’images où l’Etat d’Israël se trouve en première ligne, il en va vraiment du sort de l’ensemble de cette zone géopolitique moyen-orientale, qui affectera inévitablement, au train où vont les choses, la zone euro-méditerranéenne et tout particulièrement la France. François Hollande et Manuel Valls mais non pas Laurent Fabius semblent l’avoir compris. Ce qui explique qu’ils se fassent copieusement conspuer dans ces défilés où exsude la haine d’un Etat qui, pour se battre à Gaza, ne perd pas de vue une seule seconde sa frontière nord.

Raphaël Draï, Radio J, le 4 août 2014.

OBAMA ET KERRY: LA PAIX OU LA PLAIE?

In CHRONIQUES RADIO, SUJETS D'ACTUALITE on juillet 28, 2014 at 11:46

Alors que les observateurs de bonne foi et soucieux de l’avenir des démocraties découvrent ce qu’est devenu en réalité le territoire de Gaza sous l’emprise du Hamas, et alors que celui-ci préparait rien de moins qu’une invasion du sud d’Israël pour Roch Hachana, le président américain actuel vient, ce dimanche, sur un ton particulièrement comminatoire, d’enjoindre à Israël d’observer un cessez-le feu inconditionnel. Autant dire un cessez-le feu qui préserve l’existence du Hamas et qui lui permettra de préparer le round suivant. Une pareille attitude, vis à vis d’une démocrate et d’un allié, ne peut pas ne pas profondément choquer ceux et celles qui ne considèrent pas que ces deux termes soient vides de sens.

L’Etat d’Israël n’est pas la Tchécoslovaquie dont un quatuor composé pour la moitié de lâches et l’autre de forbans décidaient de son avenir en septembre 1938. Selon les plus récents sondages, et pour la première fois sans doute depuis la première guerre du Liban, pas moins de 85% de sa population qui sait son existence même menacée voudrait que le régime de terreur et de piraterie en place depuis au moins 2007 à Gaza fût mis définitivement hors d’état de nuire. Qu’à cela ne tienne: pour des raisons dont certaines sont idéologiques et d’autres plus ambiguës, Barack Obama a décidé de sauver le Hamas en donnant le sentiment qu’Israël n’a pas réussi en 20 jours à en venir à bout. Ce qui conduit à reconsidérer toute la politique de l’actuel président des Etats Unis depuis 6 années à présent dans cette région du monde.

De l’Egypte à l’Irak en passant par l’Iran, la Syrie et à présent par Gaza, Barack Obama mène la plus grande puissance du monde d’erreurs en échecs. Déjà avec Hillary Clinton comme Secrétaire d’Etat il a cru devoir favoriser l’illusoire «printemps arabe». On sait désormais que cette expression désigne le plus court chemin pour passer du général Moubarak au Général El Sissi en transitant par les Frères musulmans. Depuis le début de l’été, l’installation sur le territoire de l’Irak d’un Etat Islamique qui fait paraître le Moyen Âge comme une source de lumière le laisse inerte. Sous la présidence d’Obama, la Libye de Khadafi est devenu en outre une réplique du chaos. Une fois Hillary Clinton remplacée par John Kerry, celui-ci s’est acharné à vouloir imposer sa vision des choses dans le conflit israélo-palestinien. Il s’y est embourbé comme personne avant lui, ce qui à présent le rend irascible et vindicatif vis à vis du gouvernement Netanyahou et l’incite à la politique du pire en compagnie du turc Erdogan et de l’émir du Qatar. Quel enseignement en retirer?

D’abord et avant tout ne pas se laisser impressionner. Lorsqu’il y va de l’existence, les pressions d’où qu’elles viennent appellent les contre-pressions et les justifient. Dans deux années, s’il tient jusque là, car l’Ukraine à son tour est entrée selon le CICR en guerre civile, Obama sera retourné à ses études et plus personne n’aura plus à subir son pacifisme inconséquent. D’ici là, il appartient au peuple d’Israël uni comme jamais de définir lui même les conditions de son existence politique et historique. En 1948 c’est contre la Grande Bretagne, puissance mandataire, que ses responsables l’avaient décidé. En 2014, ce sera contre un président des Etats Unis pacifiste en paroles mais qui ne tolère pas qu’on le contrarie. En 1948, le peuple d’Israël a combattu comme il le fallait un ennemi. Aujourd’hui, il doit savoir avec détermination s’opposer à un faux-ami.

RD

AU BOUT DES TUNNELS, L’HISTOIRE

In CHRONIQUES RADIO, SUJETS D'ACTUALITE on juillet 21, 2014 at 7:28

Pour ceux qui pouvaient encore entretenir la moindre illusion sur la nature du Hamas et sur ses véritables buts, et à l’intention de ceux qui s’interrogeaient sur ce qu’est le Djihad, la guerre de Gaza vient de l’attester. Il ne s’agit ni d’un western ni d’une guerre virtuelle. Le Hamas cherche obsessionnellement la destruction de l’Etat d’Israël dans sa toute réalité, et en premier lieu en s’attaquant à sa population civile par des moyens qui dépassent l’entendement ordinaire, sans parler du droit international.

Car les fameux tunnels que l’armée d’Israël détruit à présent sur place et systématiquement ne partaient pas seulement de l’Egypte pour arriver à Gaza. Ils partaient de Gaza pour déboucher en territoire israélien afin d’y pratiquer des enlèvements, des égorgements, afin de terroriser une population laquelle, ne pratiquant pas cette sorte de guerre innommable, n’aurait plus eu d’autre choix que de capituler, le territoire d’Israël étant ensuite annexé non pas même à l’Etat de Palestine, à l’Etat-OLP, mais à l’Etat islamique qui s’est sauvagement constitué sur des lambeaux de la Syrie et de l’Irak.

Il faut imaginer, et désormais on le fera sans nulle difficulté, des tunnels analogues à ceux qui ont perfusé de mort le territoire de Gaza durant plus de deux années, partant cette fois d’habitations civiles sises à Hébron ou Bethléem et débouchant à Guilo, à Baka, à Mamilla, pour nous limiter à ce seul point cardinal, avec le Kotel pour objectif. En prendre conscience a quelque chose d’horrifique. Tel était le plan que l’assassinat commis à Hébron a mis au jour et a permis in extremis, et non sans interrogations, de déjouer. Il est vrai que dans cette sorte de guerre exterminatrice, le Hamas comptait exploiter les clivages idéologiques de la société israélienne, sur son goût de la vie, peut être sur les habitudes liées à son occidentalisation économique.

A présent, et à fronts renversés, il réalise qu’il a réussi à mobiliser un peuple entier, toutes générations confondues, un peuple qui refuse d’être plus longtemps la dupe de la fausse morale, de la morale à sens unique, et des droits de l’homme invoqués cyniquement, sans aucune obligation de réciprocité. Appelés à la grève générale ceux des Arabes d’Israël qui crachent sur leur nationalité et entendent disloquer cet Etat de l’intérieur doivent également le comprendre sans équivoque. Tocqueville, cité par Raymond Aron avait raison: les démocraties, lorsqu’elles sentent leur existence en cause, sont longues à se mettre en mouvement mais lorsqu’elles l’ont décidé elles ne s’arrêtent plus. Revenir à la situation de 2012 serait démentiel.

Je suis de ceux à qui le vocabulaire guerrier inspire une sainte horreur. J’éviterais donc d’user du mot «victoire», sauf lorsqu’il demeure associé au choix de la vie. Car c’est à présent sa vie que l’Etat d’Israël doit défendre contre une engeance à la fois mortifère et planétaire qui s’exprime aussi bien à Gaza, qu’à Londres, à Paris ou Sarcelles et à laquelle l’Egypte elle même a décidé de se confronter. Pour le peuple juif en général et pour les citoyens juifs de France en particulier ces jours sont historiques puisqu’il y va de l’avenir.

Puisse la République française, menacée à son tour dans ses fondements et sapée dans ses principes vitaux, le comprendre et, en fait d’avenir, discerner dans quelle direction s’inscrira ou s’effacera inéluctablementle sien.

Raphaël Draï – Radio J – 21 Juillet 2014

LA MORALE DE HILLEL ET CELLE DE NARCISSE – Radio J – 7 Juillet 2014

In CHRONIQUES RADIO on juillet 7, 2014 at 12:10

Quoi qu’en pensent les disciples de Machiavel, la politique, la morale et le droit ne sont pas dissociables. Il s’agit juste de s’accorder sur le sens de ces concepts. Dans une récente adresse aux membres de l’Association Internationale des Juristes Juifs, sa présidente, Mme Irit Kohn, nous en donne l’occasion douloureuse mais utile. Après l’enlèvement et le massacre des trois adolescents juifs en territoire présumé sous contrôle de l’Autorité palestinienne, et consultée sur le point de savoir quelle serait la réaction la plus adaptée moralement et légalement à la situation, elle écrit: « Nous devons considérer cette situation avec soin et ne pas nous tenir au niveau des meurtriers ». Cela pour exclure tout acte de représailles aveugles et de vengeance sanguinaire. J’ai trop de respect à l’égard de cette éminente juriste pour ne pas tâcher de comprendre la préoccupation morale qui sous-tend son avis. La vengeance est impuissante à rendre la vie aux victimes tandis qu’elle prépare quasi-mécaniquement d’autres actes de violences et d’autres deuils. Le meurtre d’un jeune arabe en « réponse » à la tuerie de Hébron l’atteste. N’en doutons pas: la résonance en est d’ores et mondialement assurée. Mais que signifie aussi: veiller à ne pas se tenir au niveau des assassins, quels qu’ils soient? Cette formule n’est-elle pas de celles qui mélangent, si nous n’y prenions pas garde, la morale de Hillel et celle de Narcisse?

La première enjoint de ne pas infliger à autrui ce que nous ne voudrions pas à notre tour subir de sa main. Comme le dit dans « Le premier homme » le père de Camus: « Un homme, ça s’empêche ». Autrement dit: il faut toujours anticiper les conséquences de nos actes parce qu’ils en ont, et parfois de très graves et même d’irréversibles. Pourtant la formule utilisée par Irit Kohn recèle un malentendu, comme si les Juifs étaient d’une autre nature, moralement supérieure par définition, que le reste des mortels; qu’ils se tenaient dans le Nirvana de la morale parfaite, faisant passer l’Autre avant soi dans un désintéressement digne des Anges et dans une absence totale d’affects et de passions. Pour une fois l’on entendra le personnage shakespearien de Shylock dans « Le Marchand de Venise », constatant qu’il a été grugé par ses débiteurs, pourtant bons chrétiens, lesquels en outre veulent enlever sa fille Jessica à la foi d’Israël, et qui entend se venger à sa manière: « Je suis Juif. Un Juif n’a t-il pas des yeux? Si vous nous piquez est ce que nous ne saignons pas? Si vous nous outragez est-ce que nous ne nous vengerons pas? Nous vous ressemblons aussi en cela ». Les Juifs font partie de la commune humanité et il faut le faire comprendre. Ils ne sont ni des sous-hommes ni des surhommes. Pour éviter qu’ils ne donnent pleine portée à la tirade tragique de Shylock, il faut précisément que les politiques et que les juristes appliquent pleinement la loi qui doit leur rendre justice lorsqu’il le faut, ce qui n’est pas le cas lorsque leurs tortionnaires et assassins sont assurés d’une quasi-impunité avant de se faire libérer le moment venu par d’autres assassinats et d’autres prises d’otages. On sait que le meurtrier du commissaire Mizrachi, la veille de Pessah’, faisait partie de la myriade de prisonniers élargis en échange du seul Guilaâd Shalit. Et l’on apprend que les trois suspects du triple meurtre de Hébron avaient eux aussi tâté des juridictions israéliennes qui les avait tenus quittes de leurs forfaits antérieurs mais sans dissuader leur récidive aggravée, incités en cela par des membres de la Knesset comme Ahmed Tibi.

En tout, et en morale particulièrement, l’outrance est nuisible. Depuis la fin de la seconde Guerre mondiale et ses horreurs, le « tout-éthique » sublime s’est subordonné la morale concrète et ne fait que refouler la violence qui s’est déchaînée. Confinant parfois au désistement de soi, cette posture ne peut que renforcer les terroristes dans l’idée que leurs vis à vis sont des marionnettes dont il faut savoir tirer les ficelles. Alors et à tout prendre, qu’est-il préférable? Entendre Shylock ou rejouer Guignol?

                       R. D.

L’«ISIS» NAISSANCE ET EXPANSION D’UN ETAT PIRATE – Radio J, 30 Juin 2014

In CHRONIQUES RADIO, SUJETS D'ACTUALITE on juin 30, 2014 at 11:36

Ce qui se déroule sous nos yeux et à nos portes, en Irak et en Afrique, est l’équivalent géopolitique de l’explosion de Tchernobyl ou de Fukushima. Des zones entières de la planète sont sur le point de se transformer en territoires voués à la destruction des Etats qui s’y inscrivent et la subjugation de leurs populations.

Car tel est l’objectif affiché de l’Etat Islamique autoproclamé dans le nord de l’Irak. Son chef, qualifié de Calife comme au bon vieux temps des conquêtes islamiques des VIIIe et IXe siècle de notre ère, vient de déclarer que son but était la mise au pas de tous les Etats de la région sous la règle unique du Coran tel qu’il le comprend: autrement dit ne faisant aucune part à l’idée de coexistence avec ce qui ne se courbe pas devant la bannière de Mahomet. C’est pourquoi il importe de nommer cet Etat non pas selon son appellation en langue française, autrement dit: « Etat Islamique en Irak et au Levant », soit EIIL, mais en anglais, soit ISIS: « Etat Islamique en Irak et en Syrie ». Pour commencer, avant que ne suivent les Emirats, la Jordanie, le Liban pour nous y limiter. D’autres Etats sont sur la liste, gagnés à cette cause ou sur le point de l’être: notamment la Libye et la Tunisie. Jusqu’à l’Europe où se configure un satellite de l’Etat Islamique puisque aux yeux du Calife et de sa clique l’Islam doit prévaloir partout où se tiennent des populations affiliées à la religion coranique, de Marseille à Amsterdam, de Roubaix à Sarajevo.

On comprendra donc qu’actuellement se joue rien de moins que la paix du monde car l’histoire du siècle dernier nous enseigne à quel point mettre un terme à des entreprises aussi insensées est difficile et le prix, humain et matériel, qu’il faut finalement consentir, faute d’avoir eu le courage de les neutraliser dès leur surgissement.

Dans cette situation l’Etat d’Israël une fois de plus se retrouve en première ligne et il faut avoir l’esprit bien bas pour prêter à ses dirigeants confrontés à une si vaste et si pressante menace des intentions politiciennes. Les unités armées du Calife Abou Bakr el Baghdadi exercent désormais leur contrôle sur une partie de la frontière jordanienne, à quelques encablures du territoire d’Israël. Les recherches jusqu’ici vaines pour retrouver les trois adolescents enlevés il y a deux semaines ont révélé à quel point les parties de la Cisjordanie sous contrôle présumé de l’Autorité palestinienne n’étaient plus que des annexes de Gaza qui est à sa manière un califat depuis que le Hamas y a pris le pouvoir. Sur le territoire d’Israël lui même, dans des localités comme Umm El Fahem des manifestations sont ostensiblement organisées en toute impunité par des militants du même Hamas soutenus par des parlementaires de nationalité formellement israélienne mais d’obédience islamiste et qui n’hésitent pas à faire l’apologie du kidnapping. Aucune autre loi que l’Islam n’a de portée à leurs yeux.

Le droit international connaît plusieurs sortes d’Etats, l’Etat classique, l’Etat artificiel, le pseudo-Etat et même l’Etat voyou. Face à la création d’un Etat pirate, tout autre Etat, membre de l’Organisation des Nations Unies et ayant adhéré à sa Charte, se trouve d’ores et déjà en état de légitime défense. A condition d’être déterminé à ne pas se laisser détruire, à l’image de la Syrie ou de l’Irak.

Pour le momentla diplomatie européenne, complètement décérébrée et qui fait penser à ces véhicules qui prennent l’autoroute à contre-sens, ne s’agite que pour appeler Israël à la « retenue ». Quant à Barak Obama c’est à Téhéran même qu’il espère trouver les raisons de continuer à ne pas assumer ses responsabilités.

Jusqu’à quand ?

                     Raphaël Draï zal, Radio J, 30 juin 2014.

LE DJIHAD DANS LES ESPRITS – Radio J – 23 Juin 2014

In CHRONIQUES RADIO, SUJETS D'ACTUALITE on juin 23, 2014 at 1:09

L’enlèvement des trois adolescents juifs qui faisaient du stop en territoire cisjordanien sous contrôle de l’Autorité Palestinienne, et cela sans aucune revendication ouverte d’une part; l’assaut donné au régime irakien par les forces djihadistes de l’Etat Islamique en Irak et au Levant d’autre part, devraient conduire à de profondes mises en cause des définitions de l’éthique et à de déchirantes révisions stratégiques.

Car, outre les procédés eux mêmes, ces événements mettent en oeuvre un schéma mental dont la nocivité n’est pas prés de s’atténuer. Dans les deux cas, les auteurs de crimes et de violence ne se reconnaissent liés par aucune loi, ni par aucun droit pouvant protéger autrui mais, simultanément, ne cessent de rappeler leurs protagonistes au respect de leurs propres lois et de leurs propres dispositifs juridiques, à leur seul bénéfice. Ainsi, le crime d’enlèvement est à présent encotonné dans celui de «riposte disproportionnée» imputée aux forces de sécurité qui recherchent les trois adolescents enlevés sans qu’il en reste trace. En Irak, les crimes de masse commis par les djihadistes, les captations de territoire comptant des milliers de kilomètres carrés, l’emprise désormais exercée sur la frontière irako-jordanienne, les violences contre nature faites aux non-combattants, sont d’ores et déjà absous par l’invocation à la lutte pour la « libération » de ce pays des mains de ceux là-mêmes qui l’avaient soustrait à la dictature de Sadame Hussein. Et cela, jusqu’à présent au moins, sans aucune réaction ni militaire ni diplomatique des Etats-Unis et d’une Europe qui sait pourtant se gendarmer comme un seul homme à l’annonce par l’Etat d’Israël de la construction d’une tranche d’habitations civiles.

Ce schéma affecte jusqu’au système parlementaire israélien où, situation sans doute unique au monde, des députés comme Ahmed Tibi ou Hanin Zoabi, abusant de leurs prérogatives et de leur immunité, prennent ouvertement le parti des kidnappeurs et justifient cyniquement leur crime par l’invocation à la « libération des territoires occupés ». Comme si ces Havrei Knesseten titre comptaient leur nationalité, qui jusqu’à preuve de contraire est la nationalité israélienne, pour moins que ce qui se jette dans une poubelle de gare routière. Imaginerait-on une situation analogue à l’Assemblée Nationale ou à la Chambre des Communes ?

Partout la stratégie des djihadistes, de corps ou d’esprit, est la même et s’avère d’une redoutable efficacité: paralyser la réaction de leurs ennemis en infectant leur sens de la culpabilité et surtout en sollicitant leur narcissisme moral. Des organisations comme Amnesty International ou Bétselem au plan régional dont on n’a pas entendu un mot après l’enlèvement de ces êtres humains, sans doute parce qu’à leurs yeux, étant «code-barrés» «colons» ils ne le sont pas vraiment, en appellent à présent les autorités israéliennes au sens de la «retenue».

Dans un de ses articles les plus acérés de 1939, le grand écrivain anglais Georges Orwell, cherchant à expliquer la prise de pouvoir en Europe sans coup férir par les partis totalitaires, invoquait à ce propos l’interaction destructrice entre ces deux personnages qu’il appelait dans son langage peu châtié d’un côté « le gangster » et de l’autre « la lavette ». Changerait-il aujourd’hui sa manière sa façon devoir? Il appartient aux régimes démocratiques, et qui entendent le rester, de le démontrer.

                           Raphaël Draï zal, Radio J, le 23 juin 2014

FACE AU FLEAU – Chronique Radio J – 16 Juin 2014

In CHRONIQUES RADIO, SUJETS D'ACTUALITE on juin 16, 2014 at 12:18

Décidément l’impact de la prière commune au Vatican sous les auspices du Pape François entre Mahmoud Abbas et Shimon Pérez aura été de fort courte durée. A peine quelques jours après, et tandis que Madame Abbas était soignée dans un hôpital d’Israël, trois jeunes gens se faisaient enlever à Hébron selon toute vraisemblance par des sbires du Hamas, de cette organisation toujours vouée à la destruction d’Israël et avec laquelle le président de l’Autorité palestinienne vient de constituer un gouvernement unitaire dont nul n’est dupe de ses objectifs véritables.

Pendant ce temps, les unités fanatisées mais parfaitement organisées et entraînées de l’Armée Islamique en Irak et au Levant investissaient méthodiquement des villes importantes de ce pays disloqué, procédaient selon nombre d’observateurs à des massacres de chrétiens et de musulmans chiites, et se disposent, le moment venu, à investir Bagdad où la population se terre.

Face à une pareille menace, à ce fléau de dimension mondiale, on pouvait attendre du président des Etats Unis, de Barack Obama, qu’il prenne sans tarder au delà de condamnations verbales les mesures de défense puis de contre-offensive et de dissuasion qui s’imposent. Mais c’eût été imaginer le problème résolu. Si de tels événements se produisent, c’est bien parce que les chefs de guerre en cause sont persuadés qu’Obama est frappé d’irrésolution, pour ne pas dire d’aboulie politique. Ils l’ont testé en Syrie. Ils l’ont contre-testé lors de la crise en Ukraine, confronté au contraire à la détermination de Poutine. Il faut prendre garde que ce pacifisme là ne prenne la pente de la forfaiture. De Bruxelles à Mossoul, de Tunis à Toulouse, de Hébron à Gaza et Bangui sévit une engeance nébuleuse pour qui la notion de Loi n’a de sens que lorsqu’elle est dictée par les djihadistes. Au nom de leur idée de Dieu, des individus en qui s’incarne une glaciale pulsion de mort raptent, violent, décapitent, persécutent et imaginent pouvoir se livrer à ces innommables forfaits en toute impunité.

Pour l’Etat d’Israël, le scénario Guilaad Shalit recommence ainsi, mais à la puissance «trois». De Paris, l’on ne se permettra pas de conseiller les responsables de la sécurité d’Israël mais cette fois il importe au plus haut point que les auteurs de ce nouveau crime, car c’en est un au regard de la législation internationale, en paient le prix réel. L’engeance djihadiste par bien des côtés se révèle plus redoutable que les mouvements totalitaires qui ont ensanglanté la planète au siècle dernier. On sait en effet le prix qu’ont alors payé l’Allemagne qui s’était vouée à Hitler et le Japon des Kamikazes. Cela au moins leur aura fait passer définitivement le goût de la guerre et la fascination pour la mort.

Pour une civilisation digne de ce nom, il n’est pire danger que d’avoir à sa tête des faux dirigeants, incapables de prendre la réelle mesure d’un danger irrémédiable et ne sachant que s’auto-suggestionner sur le désir de paix de ses pires ennemis.

Le temps des démocraties est-il désormais compté?

                             Raphaël Draï, Radio J, le 16 juin 2014.

LE PEN, DERNIERE? (Chronique Radio J du 9 juin)

In ARTICLES, CHRONIQUES RADIO, SUJETS D'ACTUALITE on juin 9, 2014 at 9:39

La dernière sortie de Jean- Marie le Pen contre un certain nombre d’humoristes et de chanteurs, et en particulier contre Patrick Bruel, pose un problème inextricablement psychopathologique et politique, sans même évoquer les suites judiciaires qu’elle appelle.

Psychopathologique, car l’on constate une fois de plus que le président « d’honneur » du Front National qui prétend incarner la « France française » dans sa pureté immémoriale ne cesse d’en souiller la langue par ses odieux calembours et ses mauvais jeux d’esprit, si le mot esprit lui convenait le moins du monde. S’agissant notamment de Patrick Bruel dont il prétend qu’il ne savait pas que celui-ci est Juif on se demande alors pourquoi ce chanteur est distingué du reste de la cible et pourquoi son nom se trouve associé à celui de « fournée », qui rappelle le trop célèbre « Durafour crématoire » pour lequel Le Pen, on s’en souvient, a eu maille à partir avec la justice. Car si les rues de Paris sont jalonnées de poubelles où sont jetées vieux journaux et mouchoirs usagés, la cervelle de Jean-Marie le Pen est encombrée des détritus de la seconde Guerre mondiale et de ses spectres hitlériens.

Psychopathologique également sur le plan familial. Tout se passe comme si Jean-Marie le Pen, s’ingéniait à saper le travail de sa propre fille, chaque fois que celle-ci, en se démarquant de lui autant qu’il soit possible, assure la progression électorale du parti stigmatisé dont il lui a fait en somme donation, comme s’il ne supportait pas qu’elle le dépasse.

Reste toutefois la dimension politique puisque l’on peut douter qu’imbu comme il l’est de sa propre image le bateleur saturnien entreprenne une psychothérapie d’urgence. Car Jean-Marie le Pen reste bel et bien président « d’honneur » d’une formation qui prétend s’intégrer dans le système démocratique de la Vème république et en respecter la Constitution. Pour ce qui la concerne, depuis qu’elle est arrivée à la présidence du Front National, Marine Le Pen ne cesse de donner des gages en ce sens. Sa réaction d’ailleurs n’a pas tardé. Cette fois elle n’a pas hésité à se démarquer de son encombrant papa. Mais qu’en pensent les autres cadres du parti, notamment tous ceux qui assument des fonctions électives au Parlement européen, à l’Assemblée nationale et dans de nombreuses collectivités locales, les Collard, Ménard et autres? Jusqu’à quand tolèreront-ils que le président « d’honneur » de la formation à laquelle ils appartiennent ou qui les soutient déteignent sur eux, les stigmatise et fasse leur déshonneur?

On se gardera bien de donner des conseils à des personnalités qui prétendent incarner « le renouveau de la France ». On leur suggérera juste d’en faire la preuve en ayant le courage d’éjecter enfin de leurs rangs, sous des modalités à débattre entre eux, ce prétendu chef charismatique. Pour paraphraser Sade: Frontistes, encore un effort et vous serez réellement républicains!

             Raphaël Draï, Radio J, le 9 juin 2014.

LA NOUVELLE LOTERIE JUIVE – Radio J – 26 Mai 2014

In CHRONIQUES RADIO, SUJETS D'ACTUALITE on mai 26, 2014 at 3:48

Pour nous exprimer avec modération mais avec lucidité, l’on dira que ce week-end du 25 mai 2014 aura vu se restreindre encore plus les marges existentielles de la communauté juive de France, non seulement en raison de la victoire électorale du FN mais aussi à cause de la tuerie de Bruxelles et de l’agression de Créteil.

La victoire du FN aux élections européennes ne saurait être minimisée. Le premier Ministre en personne l’a qualifiée de séisme politique. Elle signifie que le régime politique français mute gravement, et qu’il mute parce que la société française connaît elle aussi des mutations aveugles et régressives que l’Etat ne peut plus accompagner, ni réguler. Aussi bien le score de l’UMP que celui du PS révèlent que deux des composantes idéologiques de la culture politique française: le gaullisme et le socialisme sont en voie d’effacement. Quelque chose d’autre prend leur place dont rien n’assure qu’elle sera mieux remplie. La victoire du FN était prévisible, annoncée. Point besoin d’ergoter: elle résulte autant de l’habileté politicienne de ses nouveaux dirigeants que du discrédit dans lequel ont sombré les deux partis dits de gouvernement dans lesquels l’addiction au pouvoir, les scandales, les échecs, le verbiage, nourrissent la chronique quasiment quotidienne. Le grand philosophe anglais Thomas Hobbes nous en a avertis depuis longtemps: le Léviathan surgit surtout dans les époques de décomposition. Nous y sommes. Tout souligne, au train où vont les choses que, sauf miracle, la Vème République fondée en 1958 s’effondre. Voilà pour les Juifs en tant que citoyens.

Pour les Juifs en tant que Juifs, si l’on peut ainsi s’exprimer, s’ajoutent, comme on l’a dit, d’abord la tuerie de Bruxelles. En Europe il est donc possible de tirer à vue au fusil sur des Juifs en visite dans un musée pour la seule raison qu’ils le sont et qu’ils suscitent une haine dont même la psychiatrie de guerre ne saurait rendre compte. Et ensuite l’agression de deux jeunes religieux à Créteil, dans le même contexte psychique.

Il apparaît alors avec une netteté de cristal que la communauté juive de France se trouve à la croisée des chemins. Il lui est possible de s’accommoder de cet état de fait, de se contenter d’un judaïsme de plus en plus couleur-muraille, un judaïsme de survie pour ne pas dire d’agonie, couvrant la kippa par la casquette et la casquette bientôt par un casque métallique. Elle peut choisir une autre voie, à part celle de l’expatriation aux Etats Unis ou en Australie, une voie compatible avec ses valeurs: celle qui la dirige vers l’Etat d’Israël, avec les problèmes mais aussi avec les solutions des citoyens de ce pays.

Qui pourrait lui en faire grief lorsqu’il y va de la vie de ses membres, quotidiennement jouée à la loterie de cette haine sans merci?

Désormais la décision appartient à chacun et à chacune, en pleine responsabilité vis à vis de soi et au regard des générations à venir.

                                             Raphaël Draï, Radio J, zal, le 26 mai 2014.

LA LOGIQUE DU PITRE – Raphaël Draï zal – Janvier 2014

In ARTICLES, CHRONIQUES RADIO, ETUDES ET REFLEXIONS, SUJETS D'ACTUALITE on janvier 6, 2014 at 4:17

1- Bascule d’un ancien comique.

Comment, en ce début 2014, devient t-on « Dieudonné M’Bala M’Bala », l’ennemi public n°1 de la communauté juive de France, stigmatisé par le Ministre de l’Intérieur avec l’appui de la Garde des Sceaux et le soutien du Président de la République, mais réunissant des milliers de spectateurs payants et faisant son gras des « produits dérivés », comme l’on dit, tout en ayant organisé son insolvabilité afin de ne pas acquitter les amendes prononcées à la suite d’au moins quatre condamnations pénales pour incitation à l’antisémitisme?

La question vaut d’être posée car on ne peut oublier que ce triste pitre a longtemps formé tandem avec Elie Semoun lequel ne dissimule pas plus son judaïsme que Djamel Debbouze ne cache son identité musulmane. Comment – et surtout pourquoi? – passe t-on de sketches plutôt amusants, dans lequel le comique Juif et le comique Noir se moquaient des travers de notre temps, à cette véritable guerre, menée en solo contre les Juifs en général et la communauté juive de France en particulier, faisant feu de tout bois, sans aucun respect pour ce qui semblait hors d’atteinte des quolibets et dérisions: la Shoah, avec ce qu’elle implique? Comment en arrive t-on à être happé par cette logique du pire qui incite à des provocations cyniques sur des thématiques pénalement réprimées et, à la suite des plaintes judiciaires inévitables et des condamnations qu’elles entraînent le plus souvent, à en rajouter, en rajouter encore, et toujours plus, jusqu’à heurter les consciences à leurs racines mêmes et susciter des souhaits de disparition complète de la scène publique du pitre en cause; car il y a longtemps, bien longtemps, que Dieudonné ne fait plus rire.

Comme pour Youssouf Fofana ou Mohamed Mérah, il faut s’interroger sur les antécédents de ces personnages et sur ce moment de bascule vers « l’autre côté », celui dont on ne revient en général que menottes aux poignets, et parfois, à l’instar de Mérah, les pieds devant. La comparaison entre Mérah et Fofana d’un côté et Dieudonné de l’autre est-elle excessive? Dans le climat actuel on pourrait le penser, sachant que Dieudonné a fait l’objet de plusieurs condamnations au pénal au motif d’antisémitisme. Dans tous les cas il y a passage à l’acte, pour Merah et Fofana avec des armes létales, pour Dieudonné par l’usage de mots empoisonnées et d’images assassines, avec la circonstance aggravante, s’agissant de Dieudonné, qu’il se produit en public, exporte ses délires et les commercialise mettant ainsi en danger la vie d’autrui. Faut-il en chercher la cause dans une rivalité mal assumée face à son binôme d’alors qui s’est mis à voler de ses propres ailes puis à conquérir une notoriété de meilleur aloi que celle d’un comparse laissé pour compte et qui cherche désormais à se venger comme un amoureux dépité? Pourtant, si tous les concurrents malheureux, les époux trompés et les amants largués se convertissant à titre cathartique à la haine antijuive la planète serait mise en danger plus mortel qu’avec les émissions de CO2! De ce point vue la logique du pire reste bien une logique puisque par cette véritable descente aux enfers Dieudonné démontre lui même son absence de vrai talent et justifie que son binôme de naguère n’ait plus voulu poursuivre une route commune. Il y a en effet longtemps que le personnage n’amuse plus les vrais amateurs de rire dont on sait à quel point, pratiqué avec esprit, il est salutaire pour l’âme et pour le corps. Les batailles de tarte à la crème ont fait rire aux éclats les enfants que nous avons été. Les insultes ricanantes, les injures à se tordre, le détournement du rire et de l’humour à des fins haineuses n’appellent que le mépris. Sauf qu’avec Dieudonné, il ne s’agit pas d’agressions commises dans l’obscurité de ruelles malfamées. Ses agressions sont perpétrées à la lumière des sunlights et des projecteurs, préparées par le tout-à-l’égout du pire de l’Internet et des réseaux dits « sociaux ». Car Dieudonné l’a compris: la démocratie se contourne et se détruit par ces procédés pervers qui consistent à jouer la loi contre elle même, à profiter de la liberté d’expression pour insulter et injurier, en plaçant les institutions de la République devant des dilemmes quasiment insolubles: n’en rien dire favorise la propagation de cette malfaisance, la combattre c’est contribuer gratuitement à sa publicité. C’est ici qu’apparaît le deuxième élément, décisif, du système Dieudonné: la présence d’un public qu’il réussit à amalgamer devant sa bouche d’ombre.

2- Le rire des complices.

Dieudonné ne serait rien sans son public. Bien sûr il est fait état à son sujet d’autres aides occultes ou inavouables qui expliquent, dit- on, ses passages en Iran et sa barbe «salafisante». Pourtant le triste pitre ne serait rien sans ce public addictif qui lui apporte soutien psychique et financier, lui procurant ce sentiment d’impunité qui lui permet de récidiver, tout en se laissant happer chaque fois un peu plus par cette logique qui s’avèrera, n’en doutons pas, destructrice. Qui donc compose non pas à proprement parler ce « public » mais l’engeance, au sens de la sociologie des bandes, qui le porte? Les quelques reportages ou fragments de reportages disponibles ne permettent d’en avoir qu’une idée elle même fragmentaire. Il y a d’abord le «noyau dur»: les antijuifs invétérés, rabiques et incurables, à propos desquels même la psychiatrie ne sait que dire. On y discerne ensuite les antijuifs islamistes qui lisent le Coran après de fortes inhalations des « Protocoles des Sages de Sion »; et les antisionistes idéologiques, auto-convaincus que l’Etat d’Israël est une création du Lobby Sioniste Mondial dont le CRIF est l’émanation française; et puis les antijuifs empiriques, ou d’occasion, qui ont eu un différent avec un voisin ou un collègue juif, ou présumé tel, et qui viennent chez Dieudonné exhaler leur rancoeur homicide parce qu’il n’y pas plus de Kommandantur ou de Commissariat aux Affaires Juives à qui adresser des lettres de délation. Sans parler des belles âmes prédisposées, pour lesquels les images à sens unique en provenance du Moyen Orient causent ce que l’on pourrait appeler des « préjudices mentaux médiatiques ». Pourquoi s’en étonner? Dans « Le Figaro » du 4 mai 1948 – donc trois ans à peine après la découverte des camps de la mort, François Mauriac pouvait écrire: « L’antisémitisme est loin d’avoir disparu depuis que l’écroulement du nazisme a interrompu la proscription de la race infortunée ». On a bien lu: pour Mauriac il ne s’agit que d’une interruption. Cependant, il n’y pas que le noyau dur, il y a les autres, tous les autres, ceux qui n’hésitent plus à faire le geste de ralliement que l’on sait, ceux qui viennent inhaler un air empuanti pour s’encanailler, par jeu, pour passer un bon moment ludique, par bravade, par esprit de transgression, pour se prouver qu’ils n’ont peur de rien, qu’ils ne respectent personne, qu’il n’y a plus de tabou; tous ceux et celles dont le « moi » pour employer une caractérisation plus savante est un moi « désencombré », désencombré de normes, de valeurs, de scrupules, de limites et aussi de vrai courage. A cet égard, et sans abuser de ce terme, ils forment la symptomatologie de ce qu’Alain Touraine, nomme, dans un autre ordre d’idées, l’« après- social » contemporain, celui des individus qui ne se sentent liés par rien et par personne, pour lesquels la notion d’interdit relève du crime de lèse- majesté. Ces individus qui s’imaginent «souverains» et «résistants» ne font en réalité que céder à ces formes de contagion psychique d’où naissent régulièrement les refrains entêtants, les mots sans signification mais auto-magnétisés (« allô quoi »), les opuscules pavloviens, sans contenu réel, vendus à des millions d‘exemplaires et dont on se demande, tant ils manifestent de débilité mentale et de panurgisme décérébré, pourquoi ils sont si largement repris. Il y faut néanmoins des relais et des des-inhibiteurs majeurs. A moins de se reporter à une pathologie personnelle, comment expliquer que Nicolas Anelka, que Tony Parker, que Mamadou Sakkho, s’y soient laissés allés? Cependant ils ne sont pas les seuls et ils ont été épinglés à cause d’une célébrité qui, au contraire, aurait dû les en dissuader. Il ne faut pas se tromper: laissée à sa propre pente cette contagion aurait tôt fait de transformer le métro en champ de bataille.

Tout cela noté, et conscients que l’indignation n’a jamais remédié en tant que telle à quoi que ce soit, quelles sont les issues? Elles apparaissent de trois ordres, sachant également que l’antisémitisme est une pathologie trans-générationnelle qui se transmet de mémoire en mémoire. La première est d’ordre judiciaire et policier. Il importe que disparaisse le sentiment d’impunité qui incite Dieudonné à parader, à signer et à persévérer. Ses condamnations ne sauraient plus longtemps rester ineffectives. Puisque le pervers joue avec la loi, il faut lui en inculquer, comme il se doit, et avec persistance, les obligations. Par ailleurs, et dès lors que le triste pitre est sous le coup de plusieurs condamnations, ceux qui l’hébergent, qui accueillent ses spectacles et favorisent ses récidives en deviennent les complices et appellent solidairement à leur encontre les sanctions du Code pénal. C’est lorsqu’il n’a plus trouvé d’hébergement qu’Abdelhakim Dekkar, le tueur de Libération, s’est rendu à la police. Reste le «public» de Dieudonné. Là encore, les individus qui le constituent doivent être persuadés que leur présence à ses « spectacles » les rend à leur tour complices des instillations collectives de haine antijuive qui s’y produisent et qu’à tout le moins ils aient le courage de s’y réunir à visage découvert.

Une société ne choisit pas toujours les maux qui la minent. Une fois qu’elle les a décelés, si elle ne les combat pas pour s’en guérir, il est rare qu’elle n’en paye pas le prix. Les « retours » calamiteux de l’Histoire sont toujours annoncés par l’impunité toxique de délinquants récidivants, émerveillés par leur audace et qui finissent par se prendre pour des héros.

                                      Raphaël Draï zal

Ces éléments d’analyse reprennent en les développant les thèmes d’une chronique diffusée par Radio J, le 6 janvier 2014.

Chronique Radio J – 24 Juin

In CHRONIQUES RADIO on juin 24, 2013 at 11:49

LA FAUTE DES « GRANDS »  EST UNE  GRANDE FAUTE 

Est-il écrit que décidément nous n’en sortirons pas? Après le séisme qui a ébranlé le grand rabbinat de France il y a peu, cette fois c’est le grand rabbinat d’Israël  qui se trouve affligé par un nouveau scandale. Dès vendredi dernier, la nouvelle était reprise par les journaux et sur Internet: le grand rabbin ashkénaze d’Israël, Yona Metzger, était assigné à résidence, soupçonné de vol,  de corruption  et de blanchement d’argent illégal! Aujourd’hui il a démissionné, comme il se doit, de toutes ses fonctions mais tout en conservant son titre officiel. Ce qui fait songer à Gribouille, lequel s’étant retrouvé tout nu avait néanmoins gardé son chapeau.

Bien sûr Yona Metzger, comme tout citoyen dans un état démocratique, bénéficie de la présomption d’innocence. Mais dans le monde tel qu’il est, les désastres médiatiques, une fois qu’ils se sont produits, sont rarement compensés par le rendu tardif des jugements. Qu’en penser au delà d’un légitime accablement?

Une michna l’affirme: lorsque, au cours d’un office religieux, le ministre – officiant commet plusieurs erreurs de lecture, c’est toute l’assemblée synagogale qui doit s’interroger sur elle même. Par suite, lorsque des délits de caractère réellement pénal sont imputés à ce niveau, c’est bien sûr toute la communauté d’Israël qui doit s’interroger à cette échelle. Par exemple a t-elle fait preuve d’un discernement suffisant lors de la nomination de telles personnalités? Au cours de leur mandat les a t-elle encadrées rigoureusement? Qui a validé la constitution de leurs «premier cercle» d’amis ou d’affidés?

Sans assimiler les deux situations, de telles interrogations ne sauraient être éludées dans la perspective de la prochaine élection au grand Rabbinat de France. Des fonctions de cette nature ne sont pas des sinécures et ne procurent pas des rentes viagères. Elles exposent à de lourdes responsabilités. Elles exigent, faut-il le rappeler aussi, un complet désintéressement. Quiconque est en quête de pouvoir ou de reconnaissance sociale doit s’en écarter. Sans tomber dans le moralisme il faut prendre la morale au sérieux. Autrement l’opinion publique, la police et les juges s’en chargeront. Il ne faut plus arriver à ces dangereuses extrémités.

 Raphaël Draï. Radio J, le 24 juin 2013

Chronique de Radio J. Le 11 juin 2013

In CHRONIQUES RADIO on juin 10, 2013 at 9:00

RESPONSABLES OU INCONSCIENTS ?

Hasard malheureux ou coïncidence troublante, la mort du jeune Clément Méric à la suite d’une bagarre extrêmement violente et haineuse, cette mort particulièrement déplorable est survenue le lendemain même d’un sondage de l’IFOP qui doit retenir l’attention. Ce sondage publié notamment sur le site du Figaro concerne les élections européennes de 2014. Pour l’occasion il met à égalité stricte l’UMP, le PS mais aussi le Front National. Ainsi le parti de Marine Le Pen monterait sur le podium à supposer même qu’il n’en occupera pas la première place.

Si ce sondage était confirmé par les urnes, on imagine le séisme politique et psychologique qu’il déclancherait en France, un séisme sans aucune mesure avec celui qui provoqua en 2002 le départ de Lionel Jospin. Il faut néanmoins se préparer à cette éventualité et former quelques hypothèses sur les indications fournies par l’IFOP. Deux causes principales apparaissent qui s’aggravent mutuellement. En premier lieu, l’absence de résultats économiques tangibles de la part de la Gauche au pouvoir depuis plus d’un an. Il est peu de jours sans annonce de nouveaux plans sociaux et sans accroissement du chômage, et cela malgré une succession de ponctions fiscales. Ensuite, et pour le dire cyniquement, une telle situation aurait été du «pain béni» pour l’Opposition si celle-ci avait été unie et cohérente. L’affrontement Copé – Fillon, quoi qu’on en pense, et qui se poursuit toujours, la  rend inefficace et donc inoffensive comme on l’a vérifié lors du débat calamiteux puis du vote sur le mariage homosexuel.

 Des deux côtés, à l’échec politique et économique s’ajoute le discrédit moral qui n’est pas sans retombées étendues, y compris sur l’institution judiciaire. Et cette fois, par le simple jeu des vases communicants du ressentiment, comme le Front de Gauche en est à recycler les lubies de 68, c’est le Front National qui apparaît tout neuf et qui rafle la mise.

Les responsables de la communauté juive en sont prévenus et ne pourront pas dire qu’ils ne le savaient pas. Au delà des délices empoisonnés de la communauté-spectacle, où l’on continue de se déchirer à belles- dents, dans une totale inconscience et dans l’oubli scabreux des exigences de l’être – Juif, ils doivent se réunir pour répondre d’urgence à l’inquiétude de plus en plus épaisse de la communauté réelle.

C’est à ce titre, et à ce titre seulement qu’ils mériteront leur appellation de «responsables».

Chronique de Radio J. Le 11 juin 2013.