danieldrai

Vayiqra – R. Draï

PARACHA VAYKRA

(Lévitique, 1 et sq)

23 Vayikra. 

Le livre de L’Exode, le Sepher Chemot, s’est achevé avec la récapitulation minutieuse des éléments entrant dans la constitution du Sanctuaire et avec celle de son montage méthodique, tel que Dieu l’avait prescrit, de sorte qu’en en reprenant  le récit, c’est comme si le lecteur participait à son tour et à sa manière à  ce montage et qu’il en devenait l’artisan  actuel.

Et une fois cette oeuvre accomplie, une oeuvre digne du Maassé Beréchit, de l’oeuvre de la Création du monde, la Présence divine l’investit toute, au point de ne sembler laisser aucune place à Moïse lui même. Comme pour signifier que le Sanctuaire devait se prolonger par un autre espace- temps dont il serait la structure d’accueil. Et c’est pourquoi la Thora enchaîne  sans désemparer par ce verset : « Et Dieu appela (vaykra) Moïse du sein de la Tente d’Assignation (Ohel Moêd)..» et qu’elle se prolonge par une première série de prescriptions concernant les korbanot. Ces deux premiers points méritent une profonde attention.

Que signifie « appeler » ? Ce verbe est bâtit sur la racine KRA qui signifie certes appeler, au sens phonique, mais aussi advenir au sens événementiel. Ces deux significations sont liées : un événement, par définition imprévisible,  n’advient qu’au regard et à l’esprit de qui le souhaite, de qui l’attend ou l’espère. La Présence divine ne se convoque pas. Elle ne s’invoque pas non plus comme les esprits de la Forêt enchantée. Le Dieu de la Thora est un Dieu vivant et personnel, qui « s’en vient » et qui peut aussi s’en aller, parce qu’il est libre. Libre même s’il se lie dans et par une Alliance. Moïse était en attente de Dieu comme Abraham était attentif au pas du passant  s’inscrivant dans son regard, au plus loin de sa tente hospitalière. Pourtant, le degré de prophétie et de sainteté atteint par Moïse fait de lui le prophète incomparable à qui « Dieu parlait face à face, comme l’on  s’entretient avec un ami ». Qu’en sera t-il de tout autre être qui veuille à son tour s’approcher  de la Présence  divine ou s’en rapprocher s’il s’en était éloigné,  à moins qu’Elle se fût éloignée de lui?

Aucune incantation, aucun rituel magique ou prétendu magique ne l’y aidera. Dans ce but il devra procéder à un korban, terme improprement traduit par sacrifice. Le sacrifice, au sens ordinaire, est négativement connoté par les idées de  diminution, si ce n’est d’amputation, parfois à notre corps défendant. Le mot korban comporte de tout autres significations. Il est bâtit sur la racine KRB qui désigne le rapprochement mais sans confusion, la réduction des distances mais sans dissolution de la personnalité. Tout le contraire, une fois de plus, de la régression du Veau d’or, idole fusionnelle et confusionnelle, compacte, opaque, réfractaire. L’accomplissement des korbanot ne prend son sens que par l’intégration inéluctable de ce premier niveau animal, non pour s’y mélanger mais pour y prendre appui et le dépasser. C’est pourquoi le texte insiste tant sur le découpage de l’animal apte au korban,de sorte que quiconque y assiste découvre un organisme articulé, avec un intérieur et un extérieur. Platon fera de cette sorte de  découpage, lui aussi méthodique et respectant l’intégrité de l’organisme, une des fonctions de la pensée proprement humaine. Aussi, peut on dire que les korbanot dont on  découvrira la nomenclature  et même la théorie notamment chez Maïmonide,  étaient des fins en eux mêmes pour quiconque devait recouvrer le sens physique, corporel, presque kinésithérapique  du rapprochement, pour les raisons que l’on a dites.

Mais leur portée était plus élevée. Ils  impliquaient l’acceptation de la hauteur d’âme propre à l’être humain  qui sache user de la parole non pour empêcher, pour obstruer, pour abolir mais au contraire pour donner naissance, solliciter, inviter. Car appeler, au sens du vaykra, c’est faire accomplir à l’appelé ou à l’invité un mouvement confiant, allant justement de l’extérieur vers l’intérieur, au plus prés de soi. C’est pourquoi également l’entame du Lévitique insiste sur la dimension humaine des korbanot accomplis par le biais d’animaux  «.. parle aux Bnei Israël et tu leur diras : « a) Un homme lorsqu’il rapprochera  (yakriv) b) à partir de vous mêmes (mikhem) un  acte de rapprochement c) pour Dieu (korban laChem).. » Les trois dimensions complémentaires du korban  sont ici clairement mentionnées : la dimension humaine (adam) n’est pas dissociée du peuple (lakhem). Elle en procède. Et c’est à cette double condition que le rapprochement divin proprement dit (korban laChem) aura sa pleine portée.

Ce qui s’ensuit demande également à être examiné méthodiquement, korban après korban, comme la cartographie de l’espace spirituel et de l’espace social  par laquelle la Présence divine trouve ses propres voies et chenaux, à la rencontre  de la Présence humaine. Liturgie qui s’inscrit également dans une histoire. Isaac Breuer le rappelle : sans la présence du bélier, le dénouement vital de la ligature d’Isaac, fils d’Abraham, n’eût pas été possible. Solidarité non seulement écologique mais spirituelle. Le  Psalmiste le rappelle dans ce passage lu à  Minh’a de chabbat : «  L’homme et l’animal, tu les sauves, Eternel ». Ensemble.

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